Livres de et avec Naples
Erri de Luca, Montedidio, Gallimard, poche - 230 pages. Il est une colline sur les hauteurs de Naples qui domine une partie de la cité : Montedidio. Un quartier populaire partagé de ruelles étroites, théâtre du dernier opus d'Erri de Luca, décor de son récit initiatique. Le narrateur a tout juste treize ans quand il quitte l'école pour entrer chez Mast'Errico, comme apprenti menuisier. C'est une maigre paie qui s'ajoute le samedi dans cette humble famille de dockers. Dans la même boutique de menuiserie travaille don Rafaniello, un vieux juif bossu, cordonnier exceptionnel, rejeté sur les rives napolitaines dans la tourmente de la dernière guerre. En même temps que le narrateur vit son premier amour avec la jeune Maria sa voisine, se noue une amitié fort e avec le cordonnier. Montedidio est ainsi constitué de tableaux successifs, de coups de projecteur sur un quotidien émaillé d'expressions et de traditions napolitaines. Et c'est justement dans ce quotidien, entre la boutique, le rabot, le lancer de boomerang, les premiers émois sexuels et les discours du vieux sage, dans les creux de ces épisodes parfois anodins, que le narrateur fait l'épreuve de la vie, et de la mort. À la manière d'Hubert Mingarelli, écrivain du dit et du non-dit, mettant en scène un semblable gamin dans La Dernière Neige, Erri de Luca livre les souvenirs d'un gosse, son passage de l'enfance à l'âge adulte accompli au bout d'un sujet-verbe-complément qui touche à l'essentiel. Juste ce qu'il faut, comme il faut.
Giuseppe Montesano, Dans le corps de Naples, Métailié , broché - 238 pages. Naples est une ville-monde, fabuleuse et hors normes, qui depuis des siècles enfouit dans son sous-sol ce qui la gêne. Les héros de ce livre, obsédés par l'amour et leur jeunesse finissante, sont précipités dans un univers en ruines où tout ne semble fonctionner que grâce au désordre. Fous de Rimbaud, de Jim Morrison, de Nietzsche et de Baudelaire, ils cherchent la vraie vie, l'énergie secrète de la terre dans les bas-fonds de Naples. Leur recherche de la vérité et d'une vie libérée du travail se heurte à un peuple ivre de nourriture et d'argent, dévoré par la criminalité et comme possédé par un carnaval perpétuel. Les jeunes gens de ce roman picaresque dansent devant une impressionnante galerie de portraits populaires ou ésotériques, une danse macabre dans l'attente d'une Apocalypse qui ne vient pas.
Colette Vallat, Brigitte Marln, Gennaro Biondi Naples - Démythifier la ville l'Harmattan, 362 pages. Naples est par excellence une cité de " mythes, de traces, de sédiments ". Sa situation, entre Europe et Afrique, sa dissolution dans un territoire lui-même transformé, l'éclatement des éléments urbains font de cette ville du Sud un cas intéressant pour réfléchir sur le concept même de ville à l'aube de XXIè siècle, et ce en dépit de l'image dominante de cité pétrie de traditions, soumise à la misère, à l'illégalité et à la criminalité, cliché balancé par un autre poncif, celui de la ville du soleil et du farniente. L'objectif de cet ouvrage imposait le regard croisé de la géographie et de l'histoire. L'une pour interpréter le fonctionnement contemporain de la ville, pour y lire l'aboutissement des temps; l'autre pour saisir comment les éléments d'âge différents la constituent.
Raffaele La Capria L'Harmonie perdue - Fantaisie sur l'Histoire de Naples, L'inventaire, 240 pages. Pour Raffaele La Capria, L'Histoire s'arrête à Naples pour faire place au Mythe, lors de la révolution de 1799, bientôt suivie d'une contre-révolution sanglante. Dès lors s'installe pour deux siècles, en chaque Napolitain, le sentiment que l'harmonie spirituelle, réelle ou rêvée, qui semblait fonder l'existence de la ville, s'est définitivement perdue. Un sentiment si insoutenable que l'on n'aura de cesse de retrouver l'image de cette harmonie, en la mettant collectivement en scène. Plus qu'une simple « fantaisie sur l'histoire de Naples », L'Harmonie perdue est une quête littéraire, un roman d'après la mort du roman.
Jean-Noël Schifano, Sous le soleil de Naples, Gallimard, poche 160 pages. Evocation de la civilisation napolitaine, des multiples apports qui l'ont forgée et des nombreuses péripéties de son histoire. Iconographie soignée. Témoignages et documents en annexe, selon le principe de la collection.
Peppe Ferrandino, Périclès le Noir, Gallimard, poche 174 pages. « Je m'appelle Périclès Scalzone. J'ai 38 ans. Je suis un peu gras et j'ai les cheveux légèrement blancs, ma mère dit que je tiens ça de mon père.Comme on dit, il n'y a pas de sot métier mais bon, le mien n'est pas courant. À vous de voir. Je travaille pour mon oncle Luigino Pizza qui ne s'appelle pas vraiment comme ça, mais c'est à cause des pizzerias.Je fais ce boulot depuis sept ans. D'habitude, je me débrouille très bien mais j'ai dû y aller un peu fort avec la Signorinella et c'est ça qui a tout déclenché. »
Stendhal, Rome, Naples et Florence : 1826 (Sous la direction de Pierre Brunel), Gallimard,Poche - 479 pages . Brillant apercu sur l'Italie au début du 19e siècle, bien connu du public lettré pour son éloge de Naples.
Alphonse de Lamartine, Graziella, Gallimard, broché 244 pages. Il a vingt ans, il ne fait rien et, pour mettre fin à une idylle qui déplaît à sa famille, celle-ci l'expédie en Italie. Lamartine visite Florence, séjourne à Rome, arrive à Naples où, après une promenade en barque qui met sa vie en péril, il rencontre la fille d'un pêcheur - c'est Graziella - et c'est une des histoires d'amour les plus belles et les plus touchantes que l'on ait jamais écrites. Une histoire très brève aussi : Graziella ne survivra pas longtemps au retour en France de son ami. Il y a deux personnages dans Graziella : Graziella elle-même et l'Italie. Non pas l'Italie de Stendhal, des « diva », des Sanseverina, des archevêques amoureux. Mais l'Italie des paysans, des pêcheurs, qui, aux rives d'Ischia et de Procida, vivent parmi leurs jardins et leurs vignes aussi simplement qu'aux plus beaux jours du monde antique. Edition originale, en revue, 1849. Selon le préfacier Maurice Toesca (cf. p. 9-24), ce récit, inspiré au poète par une idylle nouée au cours de son premier séjour napolitain, est "une des plus fraîches histoires d'amour de la littérature française".
Enzo Striano, Rien de rien, Phébus, broché, 485 pages. On considère aujourd'hui Rien de rien (Il resto di niente) comme le chef-d’œuvre d'Enzo Striano (1927-1987) - le plus « napolitain » peut-être des romanciers italiens de sa génération. A travers ce roman historique qui s'écarte résolument des conventions du genre nous est contée la très romanesque et pourtant très véridique histoire de Lenór Foncesca, qui fut à Naples, à la fin du XVIIIe siècle la première femme en Europe à diriger un journal... ce qui lui valut de finir sous la main du bourreau.Un exemplaire destin de femme en quête de toutes les libertés. Et la découverte en français d'un classique de notre époque (1987)... qu'on avait « oublié » de traduire.



